Un parc spirituel
aux sentiers divers
à parcourir...
 Sentier de la spiritualité chrétienne de figures de chez nous...
 
Père Jean-Paul Regimbal 
(1931-1988)
 
Membre de la communauté des Pères Trinitaires
prédicateur de retraites 
 
J'ai connu le Père Regimbal par le biais d'un de ses proches disciples qui l'a accompagné de très près pendant plusieurs années...
Aussitôt, ce prêtre, décédé prématurément, m'a inspiré. Son zèle évangélisateur, sa fougue à faire connaître Jésus Christ,
son charisme pour prêcher la Bonne Nouvelle dans un vocabulaire accessible, son amour pour l'Esprit Saint,
m'a donné le goût de connaître davantage cet homme méconnu. Comme frère en humanité, il a connu son chemin de la croix, mais a été
un témoin du Christ authentique qui m'inspire dans ma vocation sacerdotale. D'aucuns ont certains préjugés négatifs à son égard, suite à des prises de position
du Père Jean-Paul Regimbal, mais son coeur de pasteur continue de battre au coeur du Peuple de Dieu. C'est pourquoi je suis heureux de vous le faire découvrir...
Michel Lafontaine, B.Th. M.A.
 
 

Jean-Paul Regimbal, un prophète pour notre temps...
Jean-Paul Regimbal est né le 4 juillet 1931. Le 8 septembre 1948, il entre dans l’Ordre Trinitaire.  C’est aussi un 8 septembre qu’il prend l’habit et un 8 septembre qu’il fait profession.  On ne s’étonne pas alors que Marie soit venue l’accueillir le 8 septembre 1988 pour le présenter à la Sainte Trinité. Lors d’un séjour aux États-Unis, le Père Jean-Paul fut touché d’une façon particulière par l’Esprit Saint.
De retour au Canada, il lança le Renouveau charismatique. Il a su donner à ceux et celles qui l’entendaient le goût de la Parole, de la prière et de l’engagement.  C’est pourquoi tant d’œuvres sont nées de son ministère, tant au Canada que par le monde entier.  Aussi, la Maison des Trinitaires porte le nom de « Centre Jean-Paul-Regimbal » depuis le 8 septembre 2003 et demeure un important lieu de ressourcement à Granby dans la province du Québec.
Jean-Paul Regimbal, religieux d'une grande foi, apôtre au coeur de feu et de la miséricorde de Dieu, demeure malheureusement une figure méconnue aujourd'hui et son message est parfois mal interprété. Souhaitons que la retranscription de ses prédications publiées récemment aux Éditions Anne Sigier le fasse connaître, et apprécier son style simple et profond qui continue de toucher les coeurs des gens... Le Père Regimbal demeure un authentique témoin du Christ à redécouvrir. 
Prière d'espérance du Père Regimbal, o.s.s.t.
À toi, Dieu de l'espérance, nous confions nos familles et l'humanité tout entière. Souviens-toi que le monde actuel a besoin de prophètes qui sachent te contempler, qui annoncent ta présence et communiquent aux jeunes leur enthousiasme.
Nous te prions donc humblement de renouveler pour nous le miracle de la Pentecôte et de créer toi-même en nous et autour de nous ce climat de paix et de pauvreté intérieure qui favorisera la recherche honnête du plus grand bien pour chacun de nous.
Fais tomber les barrières qui nous divisent, dissipe les ombres qui nous empêchent denous voir et de nous aimer véritablement, afin que, unis dans un même esprit de simplicité, de joie, de service et d'humilité, nous nous attardions à l'essentiel, pour la plus grande gloire de Dieu, l'expansion de l'Église et le salut de nos frères, les pauvres. Amen.
Notre-Dame du Cénacle, Mère de Jésus et de l'Église, prie pour nous.
 
Bibliographie sommaire
Jean-Paul Regimbal, un prophète pour notre temps. Repères autobiographiques, Québec, Anne Sigier, 2001.
Croire, espérer, aimer... Est-ce encore actuel ? Les enseignements de Jean-Paul Regimbal, Québec, Anne Sigier, 2008.
Croissance de la vie dans l'Esprit Saint. Toujours d'actualité. Les enseignements de Jean-Paul Regimbal, Québec, Anne Sigier, 2009.
Centre de retraite Jean-Paul Regimbal, Granby, Québec: http://www.cjpr.ca/
 
 
 

Parcours biographique du Père Jean-Paul Regimbal

  
                                                                                     par Benoît Voyer
 
INTRODUCTION
Jean-Paul Regimbal est un véritable phénomène de l’histoire religieuse du Canada. Lorsqu’il est question de lui, peu de gens restent indifférents. Les uns sont favorables à sa cause et louange son zèle, car, disent-ils, à son époque, il a fait avancer l’Église. D’autres le voient comme un illuminé qui a ramené le fondamentalisme chrétien en terre canadienne. Les indifférents ne le connaissent tout simplement pas. Dans notre mémoire collective contemporaine, peu de membres du clergé catholique ont laissé une telle trace. Comme Victor Lelievre, Henri Roy et quelques autres, il a laissé la sienne. Il est de cette race de passionnés qui a parlé de Dieu et qui a rejoint directement les attentes intérieures de milliers de personnes.
Jean-Paul Regimbal était un passionné; Il avait une passion de la Trinité, c’est-à-dire une passion de Dieu, de Jésus et du Souffle qui les unit. Il n’a jamais compté ses heures pour faire connaître le christianisme et défendre les exclus. «Reposez-vous donc un peu!» lui disaient des confrères. «Je me reposerai lorsque je serai dans ma tombe», répondait-il impulsivement.

ENFANCE (1931-1946)
Jean-Paul Regimbal est né à North Bay (Ontario), le 4 juillet 1931. Il est le 2e fils (sur une famille de 12 enfants) de Donna-Léo Regimbal et d’Emma Frappier. Jean-Paul était un enfant à l’âme missionnaire, frêle et fonceur. «D’aussi loin que je me souvienne, Jean-Paul jouait à dire la messe tous les matins pendant les vacances d’été», racontait Louis-Joseph Regimbal, le benjamin de la famille, au journaliste Daniel Paquette du quotidien La Voix de l’Est, au lendemain du décès de son frère, en septembre 1988. En fait, il revêtait ses aubes et consacrait la "piquette" du père (une piquette était en fait le résidu du vin de messe). Sa sœur Jacqueline a été sa première servante de messe dans ces jeux d’enfant. Les membres du clan Regimbal chantent et aiment la musique. «La famille Trapp a chanté chez-nous, à la maison, lors d’un concert à North Bay. Durant leur séjour, ils demeuraient à l’Hôtel Saint-Régis où mon père était gérant», me racontait sa sœur, Lucille Regimbal, en 1998. Elle ajoutait : «Les trois plus jeunes chez-nous, c’est-à-dire Jean-Paul, Raymond et Joseph, ont fait partie de la troupe ou chorale de monsieur Joseph Beaulieu qui parcourait le Nord-Ouest de l’Ontario avec un groupe de jeunes chanteurs. Jean-Paul a souvent été soliste dans ses concerts». Il s’agit des Chanteurs Céciliens.
«Jean», comme l’appellent affectueusement et simplement ses frères et sœurs, performait particulièrement au piano. Un vrai virtuose! D’ailleurs, il désirait devenir concertiste professionnel. Au long de son enfance et de son adolescence, il suivait des leçons dans ce seul but.

En 1940, lors d’une visite à la prison de Cochrane, un fort appel intérieur se fait sentir en Jean-Paul. Naît en lui un grand désir de venir en aide à ces personnes privées de liberté. Le jeune Regimbal a 9 ans. A cause de son asthme, Jean-Paul ne pratiquait pas de sport. Il occupait donc son temps à d’autres activités. A 10 ans, il compose sa première pièce musicale et, à 12 ans, sa première messe à quatre voix qu’il enregistre sur disque pour sa mère grâce à la participation du poste de radio de North Bay où il habite. Les samedis après-midi, à son initiative, il traîne son frère Raymond et l’amène visiter les personnes âgées au centre d’accueil situé près de la maison familiale. «Pour moi, c’était un sacrifice, mais lui s’en faisait une joie», confiait Raymond Regimbal à la Voix de l’Est, en 1988. Jean-Paul aimait les «bonnes farces» et les jeux de mots. Il adorait, notamment, citer la Bible, autour de la table. «Excédé par cette manie, un de mes frères lui demande : Que feras-tu si je te frappe une joue? Et mon Jean-Paul de répondre qu’il tendra l’autre joue. Alors, mon frère l’a tapé et Jean-Paul lui a tendu l’autre joue que mon frère a claquée sans hésitation. D’un bon, Jean-Paul lui a foutu son poing sur la mâchoire»! racontait son frère Raymond, au moment des funérailles. Il entre au collège Sacré-Cœur des Jésuites de Sudbury où son frère aîné, Albert, est déjà reçu Jésuite. A l’école, il s’avère un adolescent fonceur et qui agit toujours par conviction : il touche à l’orgue et s’implique dans les activités étudiantes. Un jour, sa mère parcourt les 130 kilomètres de North Bay à Sudbury pour visiter ses fils. Ce n’est pas le jour des visites. Madame Regimbal doit repartir de l’école sans voir ses fils. Elle laisse un paquet et un message pour les fistons. «Il n’avait pas froid aux yeux. En apprenant que les pères avaient empêché maman de nous voir, Jean-Paul, fâché, a investi le bureau du directeur pour s’insurger contre de telles pratiques, signifiant qu’il n’est pas charitable d’avoir ainsi peu de considérations pour les parents», se souvenait Raymond Regimbal, en septembre 1988, en parlant au journaliste du journal quotidien de Granby. En 1947, Jean-Paul se rend avec l’école au congrès marial d’Ottawa avec sa soeur aînée, Gertrude. Pour la première fois de sa vie, il rencontre des Trinitaires. C’est le coup de foudre! Ces instants sont pour lui une réponse à ses nombreuses prières. «Voilà enfin des religieux qui s’occupent des prisonniers!» doit-il se dire en lui. Sans tarder, il en parle à son directeur spirituel. Le père Jean-Paul Demers, s.j.., lui demande de garder cela dans le secret de son cœur afin de laisser Dieu lui préciser l’appel.


ENTRÉE DANS LA COMMUNAUTÉ DES TRINITAIRES

C’est plus fort que lui! En 1949, malgré l’insistance des Jésuites qui désirent le garder, Jean-Paul Regimbal sacrifie sa prometteuse carrière de musicien et, le 8 septembre (jour de la fête de la Nativité de Marie), il entre au noviciat des Trinitaires à Saint-Bruno-de-Montarville. En communauté, il reçoit le nom de Jean-Paul de Jésus. La Vierge Marie devient sa confidente et celle qui veille sur lui. Plusieurs grands événements de son existence arriveront un 8 septembre. Le jeune novice se montre obéissant, plein de vie et curieux de connaître sa nouvelle communauté religieuse. Le père Pierre Saint-Pierre (Pierre de la Nativité) jouera un rôle important dans sa formation religieuse. Ce Trinitaire a été maître des aspirants et ministre conventuel de 1941 à 1948, délégué général de 1948 à 1954 et vice-provincial de 1954 à 1960. Dès 1950, Jean-Paul Regimbal s’intéresse au phénomène des chrétiens persécutés à cause de leur foi en Jésus-Christ.


AME DE RELIGIEUX, AME D'ARTISTE (1949-1956)

A l’orgue et au piano, il ne tarde guère à montrer son talent de musicien. Il compose même une musique sur un poème de Rimbault : «Sur l’onde calme et noire où brillent les étoiles, la blonde Ophélia dort comme un lys…» Le maître des novices est scandalisé. Le 1er novembre 1950, à l’occasion du la proclamation du dogme de l’Assomption de Marie, il compose une musique sur l’hymne des vêpres : «Solis, o virgo, radiis amicto…» Sa mélodie s’inspire de la lignée des Mozart et Fauré. Durant ces années, il compose aussi de nombreux psaumes, des hymnes pour la liturgie en français et deux messes dont une à trois voix égales en l’honneur de Notre-Dame-du-rachat. Son noviciat terminé, il fait des études en philosophie et entre au Grand Séminaire de Montréal, chez les Sulpiciens, pour étudier la théologie. A chaque année, il passe de longs séjours à l’hôpital – sous la tente à oxygène – à cause de l’asthme. Malgré cela, il réussi ses études et prononce ses vœux solennels, le 8 septembre 1953. Durant ses années de formation, il écrit une pièce de théâtre sur la vie de la Bienheureuse Anna-Maria Taïgi. La pièce «Celle qui a vécu sa vie» est présentée à trois occasions à la salle montréalaise du Gesu. Suite à ce succès, le texte de sa présentation est publié, en 1955, aux Éditions Trinitas.


JEUNE PRÊTRE
Ordonné prêtre, le 11 mai 1957, Jean-Paul Regimbal ne chôme pas. Il est rapidement nommé professeur au Séminaire Sainte-Trinité, dans la région de Montréal. Il y enseigne l’anglais, la littérature anglaise et l’initiation aux beaux-arts. Durant ce temps, il devient rédacteur en chef de Trinitas et de Trinité et vie, revue pour laquelle il collabore depuis 1953. Il sera à la tête de la publication (puisqu’il s’agit de la même revue qui a changé de nom au fil des ans) de 1958 à 1962. Il écrit régulièrement, parfois 3 à 4 textes par numéro. Pour ne pas que son nom paraisse trop souvent, il signe aussi sous les pseudonymes de Jean-Baptiste de la Trinité et de Paul le Studite. Durant les dix ans qui suivent, il continue de collaborer sporadiquement à cette revue qui termine sa course sous le titre «Trinité liberté». Ce n’est pas tout! Il poursuit des études universitaires en criminologie et trouve le temps de collaborer – avec deux autres confrères -, dont le père Pierre Saint-Pierre – à la rédaction du livre «Jean de Matha : un fondateur d’avant-garde», paru en 1960, à Paris, aux éditions Anthème Fayard, et à la rédaction de son programme de la délinquance juvénile, paru en 1964. En 1962, tout en poursuivant ses études universitaires, il commence à s’impliquer dans le milieu carcéral. 

              

© 20009 - Photo Michel Lafontaine - Granby, Québec

CONFÉRENCIER À L'UNIVERSITÉ D'OTTAWA (1963)

En 1963, Jean-Paul Regimbal est un des conférenciers du Centre catholique de l’Université d’Ottawa qui offre aux communautés religieuses un service de bandes magnétiques sur lesquelles sont enregistrées des conférences pour retraites, récollections ou causeries hebdomadaires, selon le cas. Ce service sert à suppléer à la difficulté à trouver des prêtres aumôniers et conférenciers. La série du Trinitaire porte sur le mystère de la Trinité sous le thème «Vers le Père, par le fils, dans le Saint-Esprit».


A ROME (1963)

En ces jours d’octobre 1963, c’est la fête du 750e anniversaire de la mort de saint Jean de Matha, fondateur des Trinitaires. Les 30 septembre, 1er et 2 octobre 1963, Jean-Paul Regimbal participe à des journées d’études organisées par le Secrétariat international pour l’apostolat des Trinitaires, à Rome, qui regroupent les responsables nationaux d’Italie, d’Espagne, des États-Unis et du Canada. Il est accompagné de son supérieur provincial, le père Herman Coutu (en religion Rodrigue de Saint-Pierre). Jean-Paul y donne une conférence sur l’introduction de la très sainte Trinité dans les foyers. Du 3 au 6 octobres, les deux canadiens participent aux fêtes commémoratives officielles à Rome.


EN PRISON (1966 à 1969)

Ses études en criminologie terminées, il devient officiellement aumônier à la prison pour hommes de Montréal (Bordeaux) et à Mont Saint-Antoine. Dans ces centres, il renouvelle la pastorale et organise des cours spécialisés pour le service des prisonniers et des jeunes délinquants. Le père Regimbal devient l’aumônier des prisons du Canada. Il se fait l’ardent défenseur de la suppression de la peine de mort. Son influence est grande dans le milieu carcéral. «10 ans de travail dans les prisons du Québec m’avaient fait voir la puissance de Dieu dans les cœurs et l’impuissance de mon ministère sacerdotal. Je travaillais dur et, pourtant, je trouvais que les conversions ne correspondaient pas aux efforts multiples que je déployais pour rejoindre cette population carcérale», racontait Jean-Paul Regimbal, en 1980, à des gens d’affaires réunis à Montréal à l’occasion d’un souper du regroupement ACTE (Association des chrétiens témoins dans leurs entreprises). 
 
EN ARIZONA: Rencontre avec Dismas Clark
En 1969, suite à une recommandation médicale, la communauté des Trinitaires décide d’envoyer Jean-Paul Regimbal à Phoenix en Arizona. Là-bas, l’air plus sec l’aidera à soigner son asthme. En 1980, à l’occasion d’un souper du regroupement ACTE , il comparait son expérience en Arizona avec celle du livre biblique d’Osée : «C’est pourquoi, je vais le séduire, le conduire au désert et parler à son cœur. Je lui rendrai ses vignobles…» «Quand j’ai pris la route de l’Arizona, mon cœur était lourd. Je ne comprenais pas… Je trouvais mes supérieurs bornés…» racontait le fils de Jean de Matha, le sourire aux lèvres. Jean-Paul Regimbal aimait bien «taquiner» ses confrères. Après une quinzaine de jours de repos, il téléphone à l’évêque du lieu pour lui offrir ses services. Le berger diocésain lui propose de remplacer un prêtre malade à la paroisse Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, à Phoenix.


Le 9, du 9e mois, 1969, 9h

«J’ai commencé à travailler à Sainte-Thérése, le 9 septembre 1969. C’est quand même significatif! Le 9 du 9e mois en 1969. Il était 9h et Dieu préparait dans ma vie l’avènement de la 9e heure (rire)», lançait-il à la blague devant les hommes d’affaires du regroupement ACTE. Ce matin-là, Sandy Winter vient le rencontrer au bureau. Cette anglicane désire inscrire ses enfants à l’école catholique et se questionne sur le contenu académique. Après avoir obtenu les réponses espérées, elle lui demande : «Accepteriez-vous d’être mon directeur spirituel?» Il tente de la diriger vers un pasteur de son Église. En vain, elle lui explique : «Je vis des situations étranges, des phénomènes spirituels particuliers et j’ai entendu dire que les Catholiques attachent beaucoup d’importance à cela». Jean-Paul Regimbal finit par accepter de l’écouter. Elle lui raconte qu’elle parle en langues, qu’elle prophétise, qu’elle a reconduit trois prêtres à l’exercice de leur sacerdoce, etc. Croyant à un cas de psychose religieuse, il conclut en lui disant qu’il communiquera avec elle pour lui livrer sa réflexion. Avant de partir, il lui fait citer des passages bibliques où il est question de ces manifestations. Après une réflexion sérieuse et un regard en profondeur sur l’expérience de la Pentecôte des premiers disciples, de la vie des pères de l’Église et de l’enseignement du Concile Vatican II, qui vient de se terminer, il se rend chez elle. Dans sa cuisine, le 11 septembre 1969, où elle s’affaire à préparer le repas, il lui demande de lui «imposer les mains» pour recevoir les mêmes grâces qu’elle. L’expérience transforme sa vie. Puisqu’il n’y a pas de Catholiques vivant ce phénomène à Phoenix, il se joint à un groupe œcuménique charismatique. Rapidement, il devient reconnu et la nouvelle se répand : «un prêtre catholique prophétise et fait des miracles!» Quelques semaines plus tard, il est invité au Groenland pour parler de son expérience spirituelle et de la Parole de Dieu.

 


RETOUR AU CANADA (août 1970)
En août 1970, il revient au Canada pour diriger la maison des retraites spirituelles des Trinitaires, à Granby, centre qui porte aujourd’hui son nom. A cette époque, les maisons de ressourcement sont moins populaires au Canada francophone qu’autrefois. La Révolution tranquille est un dur passage pour l’Église du Québec. Rapidement après son arrivée, il réunit un petit groupe de priants (une dizaine de personnes). Ils sont touchés, rejoints en eux. Des vies sont transformées. Des gens sont guéris. La popularité du père Jean-Paul Regimbal traverse vite les limites de la cité de Granby. C’est la naissance du renouveau charismatique catholique francophone au Canada. Malgré l’expérience de quelques catholiques à l'Université Desquenes, à Pittsburgh, aux États-Unis, en 1967, et d’une tentative en terre anglo-montréalaise, c’est vraiment à partir de l’expérience Regimbal que le renouveau charismatique prend de l’expansion chez les catholiques d’ici. «Les gens arrivaient par autobus de partout. Les lundis, ils venaient entre 700 et 1000 personnes pour l’entendre et prier» à la maison des Trinitaires», expliquait le regretté père Claude Choquette au journaliste Gérald Dallaire de La Voix de l’Est, en septembre 1988.

Jean-Paul Regimbal attire des foules, mais le mouvement ne fait pas l’unanimité au sein de sa communauté religieuse. Le renouveau charismatique est perçu, par plusieurs confrères, comme le projet d’un seul homme. Les années ont beau passer, le sujet demeure glissant au sein de l’ordre des Trinitaires. Du côté familial, l’unité est troublée. Les membres du clan Regimbal ne sont pas tous en accord avec ce «renouveau charismatique» initié par leur frère de sang. Malgré tout, ils sont unanimes pour louer son engagement total dans la foi, ses relations humaines et sa mission.

 

 

MÉTIER: PRÉDICATEUR DE RETRAITES

A partir de 1970, il n’y a pas que les miracles du père Jean-Paul Regimbal qui attire les foules à Granby et dans les endroits où il est invité. Sa manière originale de commenter les textes bibliques et d’expliquer la doctrine catholique rejoint le grand public. Il parle en savant, mais sait vulgariser. Le religieux est un fin pédagogue. Ses propos sont intelligents et, en même temps, faciles à comprendre chez tous les d’auditoires. Aussi, il sait soulever les gens et les inciter à s’engager concrètement au service de l’Église et de la société. « Le style démonstratif du prédicateur, dans ses gestes comme dans ses paroles, n’était pas sans rappeler celui des "preachers" américains qui soulèvent les foules et guérissent les malades en imposant les mains», évoquait le journaliste Richard Plante du quotidien La Voix de l’Est, le 20 juin 1995 (p.1-2). « Chez nous, c’est surtout comme prédicateur et communicateur qu’il s’est imposé. Que de gens ont répondu à son appel et bu à ses propos dans le cadre des activités du renouveau charismatique », écrivait l’éditorialiste Valère Audy, dans l’édition du 12 septembre 1988. « Le père Regimbal, un homme passionné de Jésus Christ et de l’Évangile, avait un grand talent de communicateur. C’était un grand apôtre qui a rayonné et qui laisse un témoignage de foi profonde », disait Mgr Louis Langevin, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, au journaliste Gérald Dallaire du quotidien La Voix de l’Est (édition du 10 septembre 1988, p.5).


RENCONTRE AVEC LE PREMIER MINISTRE CANADIEN (1972)

A l’occasion de l’élection canadienne du 30 octobre 1972, le Premier ministre du Canada, Pierre-Elliot Trudeau, se rend à la maison des Trinitaires de Granby, en tournée électorale, pour appuyer son candidat dans le comté de Shefford, Louis-Paul Neveu. Il rencontre Jean-Paul Regimbal. Une photographie conservée dans les archives des Trinitaires montre le religieux auprès de l’homme politique. Est-ce qu’ils ont eu des échanges particuliers? Jusqu’à maintenant la recherche historique n’indique rien à ce sujet et on espère bien rencontrer, bientôt, un témoin de l’événement qui était présent à ce moment ou d’un document plus complet sur cette visite. Toutefois, Jean-Paul Regimbal avait la réputation d’être un fervent fédéraliste canadien.

 


PREMIER CONGRES CHARISMATIQUE (1973)

Au premier congrès charismatique qui se tient, en 1973, au Collège Loyola, devenu depuis ce temps l’Université Concordia, à Montréal, il y a 4000 personnes (50% d’anglophones). Le Québec compte 50 groupes de prière d’inspiration charismatique.


TOURNÉE AUTOUR DU MONDE (1973)

Jean-Paul Regimbal est en forte demande autour du globe. En 1973, il se rend à Hawaï, à Hong Kong, au Japon, au Cambodge, au Vietnam et en Inde. En passant par la France – ou l’ordre des Trinitaires, fondé à Cerfroid en 1193, vient d’être relancé, par le père Pierre Saint-Pierre, trois ans plus tôt, il rencontre et prie, raconte t-on, avec le Frère Éphraïm qui, à la suite de cet entretien, fondera la communauté des Béatitudes, et Pierre Goursat qui, de son côté, part la communauté de l’Emmanuel, à Paris. Ce serait le moment de la naissance du renouveau charismatique en France.


FONDATION D'ŒUVRES

Au retour de sa tournée autour du monde, en 1973, il fonde l’Eau-Vive (à Granby) pour les animateurs de groupes de prière. Jeanne Bizier devient sa principale collaboratrice. Son expérience de vie et celle auprès de Jean-Paul Regimbal l’amène à fonder, en 1978, la Famille Myriam Beth’léem, un regroupement d’hommes et de femmes consacrés à Dieu. Dans les années qui suivront, il met sur pied : la librairie Pneumathèque (qui deviendra la Librairie Trinitaire, en 1996); Témoignage-Jeunesse, pour les jeunes; ACTE-Canada, pour les gens d’affaires; et, le Carrefour de la prière. Il initiera, aussi, les Cafés chrétiens et encourage la fondation de plusieurs associations apostoliques dont Rassemblement à son image et les Œuvres du Toit de Bethléem, à Montréal. Les pères Daniel-Ange et Marie-Michel s’inspireront du modèle de Témoignage-Jeunesse pour lancer, en France, l’école Jeunesse-Lumière.

 

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SOUVENIRS DES ANNÉES 1973-1974
Le père Michel Vigneau, o.ss.t. a bien connu le célèbre religieux puisqu’il entrait dans la même communauté religieuse en 1973. L’année précédente, il rencontrait Jean-Paul Regimbal pour la première fois lors d’une soirée de prière, à Montréal. « Il attirait beaucoup de gens. C’est entendu qu’il était dérangeant. Pourtant, j’ai souvent entendu le supérieur de l’époque dire : « On ne peut pas arrêter, car, fondamentalement, il se fait beaucoup de bien ». Les gens revenaient, se confessaient, allaient à la messe, retrouvaient le goût de la prière dans leur vie. Ils étaient plus épanouis… », me racontait le Trinitaire, il y a quelques années (c.f. Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, p.20-21) Michel Vigneau admet que certaines personnes exagéraient. Il se rappelle qu’il a fallu en remettre plusieurs sur la bonne voie. Les liens avec l’évêque de Saint-Hyacinthe, Mgr Albert Sanschagrin, étaient bons. Le père Vigneau me confiait aussi : «Le père Jean-Paul Regimbal était un homme très transparent. Ce qu’il disait dans le bureau, il le répétait en public. C’était un bonhomme qui enseignait la doctrine de l’Église. Il savait par cœur les actes du concile ».
Michel Vigneau m’expliquait que Jean-Paul Regimbal n’a pas hésité à consulter l’évêque de Saint-Hyacinthe. Puisque c’était nouveau Mgr Sanschagrin lui a dit : « Continue! Si c’est de Dieu, ça tiendra! » Régulièrement, le prélat diocésain s’informait. Lorsque le supérieur lui disait que la maison de ressourcement était débordée par l’affluence au sacrement des retrouvailles, il répondait: «Continuez! C’est très bien!»                                                                                  


CONGRES CHARISMATIQUE DE QUÉBEC (1974)

En 1974, ils sont 6500 charismatiques regroupés à l’Université Laval, à Sainte-Foy, près de Québec, pour un deuxième grand congrès charismatique. En ce moment, il y a 400 groupes de prière d’inspiration charismatique chez les catholiques du Québec. C’est 350 de plus qu’en 1973.

 

 

METS TA BIBLE DE COTÉ (23 novembre 1975)

A l’occasion d’une conférence prononcée, le 10 octobre 1976, à l’occasion du congrès charismatique du diocèse de Québec, Jean-Paul Regimbal raconte une expérience vécue à Toronto : « C’était le dimanche du Christ Roi en novembre 1975. J’étais là dans la chambre d’hôtel en train de lire la Bible pour préparer mon sermon du dimanche. Le Seigneur m’a dit : «Mets ta Bible de côté, j’ai à te parler ». Je suis resté saisi. Or, j’ai mis la Bible de côté. Et là, le Seigneur me dit : « Prends un crayon, écris ». Et je me suis exécuté. Il m’a dicté une prière que je vais vous lire, une prière que le Seigneur a utilisée pour ouvrir des portes au niveau des mairies, au niveau du gouvernement provincial, au niveau du gouvernement fédéral. C’a été une petite clé que le Seigneur m’a donnée pour rejoindre ces milieux qu’on appelait intangibles. C’est une prière. Écoutez-là !

Notre Père, qui es aux cieux, nous consacrons notre pays bien-aimé à la Royauté et à la Seigneurie du Christ Jésus. Nous te demandons de renouveler notre patrie dans la puissance du Saint-Esprit, afin que tous les Canadiens fléchissent le genou et proclament du cœur et des lèvres que Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père. Nous te prions de revêtir nos chefs politiques de la sagesse et de la science qui viennent de toi pour gouverner ce pays selon la souveraine volonté du Père, afin que le Québec et le Canada prospèrent dans la justice et dans la paix, dans l’amour et la vérité, jusqu’au jour où Jésus soit vraiment le Seigneur d’un océan à l’autre, «A mari usque ad mare!» Nous nous engageons à une alliance de prière et de témoignage, afin que toute puissance de ténèbres soit rompue et que l’ennemi de Dieu, Satan, soit subjugué, que Jésus-Christ soit le Seigneur de chaque mairie, de chaque gouvernement, et chaque cour de justice du Canada, jusqu’au jour de son glorieux avènement.

Et quand le Seigneur m’eut dicté cette prière, il m’a dit : «Tu inviteras tous les gens qui sont d’accord avec le contenu de cette prière à envoyer une prière au maire de leur municipalité, aux conseillers municipaux, aux députés provincial et fédéral, aux premier ministres du Québec et du Canada.» Savez-vous qu’il y en a six millions en circulation? Je reçois presque à chaque semaine des lettres de députés de divers comtés, en français, en anglais, qui ont reçu la prière par les commettants de leur région. Il y en a un qui m’a dit en avoir reçu 4000! Il dit : «Je la sais par cœur!» Et j’ai reçu une lettre du premier ministre Trudeau qui m’a dit également que son bureau est inondé. Alors, je lui ai répondu : «Plaise à Dieu que cela vous inspire de faire une retraite charismatique avec les membres de votre cabinet!» C’est ça, l’audace de la foi! Le Seigneur prend des moyens bien simples! Qui aurait cru qu’une petite prière sur un bout de papier puisse rejoindre le cœur de ceux qui sont dans les postes de gouvernement». Ce que je puis vous dire, parce que j’étais présent, c’est qu’il y a eu un déjeuner de la prière à Ottawa, où ils étaient 400. Et sur les 400, il y avait plusieurs ministres du cabinet fédéral, il y avait 40 ambassadeurs dont l’ambassadeur de Moscou; il y avait les hauts fonctionnaires de presque tous les départements. Et savez-vous qui assurait la partie musicale? La Gendarmerie royale du Canada!»
 
 

DE LA PAROLE AUX ACTES

Le 10 octobre 1976, à l’occasion du congrès charismatique du diocèse catholique de Québec, le père Jean-Paul Regimbal lance un vibrant appel aux congressistes. Le religieux s’inspire largement du message pastoral sur l’engagement social et politique des chrétiens «De la Parole aux actes», publié par la Conférence catholique canadienne à l’occasion de la Fête du travail de 1976 (publiée le 1er septembre 1976). «Ce congrès marque précisément un point tournant dans l’évolution du renouveau charismatique. Il est temps, et plus que temps, que les groupes de prière passent de la Parole aux actes, de la prière à l’engagement apostolique, et là ou notre engagement apostolique trouvera son expression vraie, c’est dans l’évangélisation : donner le Christ au monde dans la puissance du Saint-Esprit. C’est par là qu’il y aura transformation radicale de notre société, à tous les niveaux. L’Évangile de Jésus Christ veut véritablement être proclamé non seulement dans cet aréna! Ici, voyez-vous, c’est relativement facile de proclamer tous ensemble que Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père : On est en sécurité, on est en famille, la famille est large! Alléluia! (pointe d’humour). Mais il faut aller beaucoup plus loin que cela! Nous ne pourrions avoir de repos dans l’œuvre d’évangélisation tans que, dans l’hôtel de ville de chaque cité du Québec et du Canada, les membres du conseil, à la suite du maire, ne proclameront ensemble d’une seule voix : Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père!» Il disait aussi que le monde patronal et syndical, le secteur économique et tous les échelons du pouvoir de la société humaine doivent être touchés par cette évangélisation. Pour lui, il faut plus que des conversions individuelles, il faut des conversions communautaires afin d’arriver à des actions communautaires. «Il faut éventuellement que la Seigneurie de Jésus Christ s’exerce sur toutes les instances de notre vie sociale». «Il est important de bâtir un nouvel ordre social fondé sur la justice en Jésus Christ, fondé sur l’Agapè christique qui rassemble les hommes dans l’unité et la paix», ajoutait-il en s’appuyant sur la déclaration des évêques canadiens du mois précédent.

«Évangéliser, c’est donner le Christ au monde», voilà l’essentiel de son intervention.

 

UN SONGE ?

Le 10 octobre 1976, à l’occasion de cette même conférence donnée au congrès charismatique de Québec, il raconte l’histoire qui suit : «J’ai eu une vision, j’ai eu un songe, que le 14 octobre 1980, l’ensemble de toutes les forces ouvrières montaient par centaines de mille vers la Colline parlementaire. Et là, il y avait des gens massés qui criaient, et ils portaient des bannières. A première vue, j’ai dit : «ça y est! C’est l’éclatement! C’est véritablement l’effusion de sang! Et je voyais les trois chefs syndicaux qui menaient la marche, et qui se présentaient finalement devant le ministre du travail. Puis ils ont dit : «Nous avons une déclaration à vous faire, monsieur le ministre, nous affirmons l’urgence et la nécessité de réviser complètement et entièrement toues les bases de nos relations patronales ouvrières. Nous venons vous faire part de notre décision communautaire. Le principe de nos rapports, désormais, sera de reconnaître que Jésus est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père». Alors, le ministre du travail a crié : «Alléluia!» Bien entendu, c’est un rêve, c’est un songe… Quand cela deviendra-t-il réalité? Je laisse cela à vos conjectures!!!» Il poursuit : «Et le songe continue. C’est la réunion de tous les maires de municipalités, et ceux-ci ont à coeur la bonne administration de leur ville. Ils se rendent devant le ministre responsable des municipalités. Ils présentent les problèmes d’habitations, les problèmes d’approvisionnement d’eau, les problèmes de pollution de l’air, de l’espace, du son, et alors ils déclarent : «Monsieur le ministre, après avoir examiné sérieusement la gravité du problème, et le point de non-retour déjà atteint, nous nous apercevons que, humainement parlant, il n’y a plus de solution. Mais savez-vous, nous avons découvert une chose : qu’il existe un principe d’ordre, un principe de lumière et un principe de paix, si seulement nous – et nous le proposons au ministre des municipalités – reconnaissons que Jésus Christ est Seigneur!» Et tous les maires ont répondu : «A la gloire de Dieu le Père!». Bien entendu, c’est un songe, c’est une vision. Mais c’est comme ça que les songes et les visions deviennent réalités!» Une vision? Il n’est pas possible de vérifier concrètement une telle vision. Toutefois, il est possible de reconnaître dans celle-ci la candeur et l’émerveillement du religieux. C’est l’espérance d’un homme profondément convaincu qu’il n’y a que la puissance du Souffle divin et le message de Jésus qui peuvent changer la société et qu’un jour tous proclameront que Jésus est le plus grand. Un songe? Cette partie est intéressante puisqu’il affirme qu’il y aura une rencontre syndicale devant le ministre du Travail, le 14 octobre 1980. Quelle audace! Quel risque de lancer une telle date en public! Celle-ci se situe quatre ans avant l’événement qu’il annonce. Puisqu’il s’agit maintenant d’une date du passé, il est possible de vérifier l’actualité de cette journée pour savoir si une telle rencontre a eu lieu. Dans l’index des titres des grands quotidiens montréalais de cette semaine d’octobre 1980, il n’y a pas d’activités d’éclat dans le monde syndical. Cependant, le 13 octobre 1982, il y a eu un débrayage massif de deux heures dans les Cégeps, hôpitaux et centres d’accueil du Québec. Au total, une centaine d’institutions sont touchées. Les syndiqués sont tous membres du Front commun CSN-CEQ-FTQ (les trois syndicats qui regroupent le plus grand nombre de travailleurs au Québec) qui protestent contre les coupures de salaires et de certains bénéfices marginaux que le gouvernement du Québec, dirigé par le Premier ministre René Lévesque, veut faire chez ses employés. Conclusion : Le père Regimbal a-t-il interprété son songe? Les événements qu’il a vus ont-ils été retardés? S’agit-il simplement de l’espérance chrétienne qui l’habitait? S’agit-il d’une simple idée imaginaire? A chacun «ses conjectures», comme il se plait lui-même à dire.

 

                

          

 

DEUXIÈME CONGRES NATIONAL AU STADE OLYMPIQUE (Juin 1979) - L'ENFANCE SPIRITUELLE

En juin 1979, ils sont 24 000 charismatiques au Stade Olympique. Le recensement de l’Assemblée canadienne francophone du renouveau charismatique (ACFRCC) de cette année-là compte 822 cellules de prière charismatique au Canada et 38 083 adeptes. Jean-Paul Regimbal est la vedette de ce congrès. Durant ce congrès, Jean-Paul Regimbal donnera plusieurs conférences, dont le discours d’ouverture du congrès au cœur de l’immense stade. Une conférence avait pour thème «l'enfance spirituelle». Dans cette causerie, Jean-Paul Regimbal commence par parler des effets positifs de l'expérience spirituelle intense vécue dans le renouveau charismatique catholique: «Ce qui caractérise ce nouveau mode de vie, c'est l'amour de la Parole de Dieu, la ferveur dans la prière et le témoignage dans le monde et au monde, ainsi que le souci de vivre sous l'emprise de l'Esprit Saint». Et puis, il explique que «les principales étapes de la croissance de la vie dans l'Esprit en nous" se basent "sur les quatre étapes fondamentales du processus de croissance de la vie humaine. C'est pourquoi nous en arrivons à une présentation en quatre étapes: 1-L'enfance spirituelle 2. L'adolescence spirituelle 3. La maturité spirituelle 4. La sagesse spirituelle». Il invite ses auditeurs à ne pas confondre le thème de l'enfance spirituelle, qu'il développe dans cette conférence, avec «la spiritualité thérésienne de la voie d'enfance spirituelle puisque la petite Thérèse fait une synthèse de la spiritualité d'abandon total, libre et joyeux à la volonté amoureuse du Père ce qui, loin d'être un départ, est un sommet spirituel pour les géants de la foi».

 

a) Période de la découverte initiale

Et il se lance au cœur du sujet, comme il a l'habitude de procéder. La première étape de l'enfance spirituelle est «la période de découverte initiale». Elle «produit chez un très grand nombre un état spirituel d'émerveillement où le sujet semble renaître à sa foi, aux révélations de la Parole et à l'expérience savoureuse de la présence de Dieu. On pourrait la comparer à une sorte de lune de miel avec l'Esprit Saint. Toutefois, cette expérience du mont Thabor ne peut durer perpétuellement bien qu'on aimerait y fixer sa tente comme le disait Pierre à Jésus au cours de la Transfiguration. Le retour aux humbles réalités de la vie quotidienne quoique moins exaltantes que les sommets lumineux de la rencontre avec le Seigneur est néanmoins très nécessaire pour une incarnation concrète et significative des valeurs de l'Évangile», illustre Jean-Paul Regimbal. Et il poursuit: «À travers ce vécu chrétien, maintenant plus conscient et mieux assumé, le croyant est en mesure d'explorer les nombreuses facettes du grand mystère de l'alliance: Dieu m'a aimé le premier, Dieu m'aime tel que je suis, Dieu est fidèle à ses promesses, Jésus a porté à son sommet l'Alliance nouvelle en son sang, c'est donc vrai que je fais partie de cette race élue, de ce peuple choisi par le Seigneur, et ordonné à une triple mission sacerdotale, royale et prophétique. Dans ce contexte, la sainte Bible n'est plus simplement une anthologie de Jésus, de récits inspirés, mais bien une lettre d'amour écrite par le Père aux croyants, un contrat de mariage entre Dieu et son peuple». (...) Le «Verbe de Dieu vient dire en personne qui est le Père et tout l'amour qu'il a pour nous».


b) La rencontre avec le Père

Et puis vient, en deuxième étape, la «Rencontre avec le Père». Jean-Paul Regimbal explique que «c'est la découverte de Dieu le Père dans une relation d'intimité jusqu'alors inconnue. C'est la joie de pouvoir appeler "Abba, Papa (!)" le Créateur de toutes choses visibles et invisibles. C'est la fierté de pouvoir s'écrier, face aux merveilles qui nous entourent: "C'est mon Papa qui a fait ça!" Comme le petit enfant qui s'abandonne joyeusement à la puissance de son Père. Ainsi, le nouveau croyant renouvelé dans l'Esprit redécouvre avec un cœur nouveau l'ensemble de ses relations avec son Père bien-aimé» .
 
c) La rencontre avec le Fils
La troisième étape est celle de la «Rencontre avec le Fils». Pour Jean-Paul Regimbal, celle-ci se situe au cœur de «la rencontre personnelle avec le christ Jésus vivant et vrai, ressuscité d'entre les morts et toujours présent au sein de son peuple. C'est pourquoi, il est normal qu'après la fulgurante expérience de l'effusion de l'Esprit, le croyant approfondisse la relation d'amour et d'intimité avec le bien-aimé Seigneur, Jésus de Nazareth. Le Nouveau Testament n'est plus simplement un récit de faits passés concernant la personne de Jésus, il y a 2000 ans, mais devient source de Révélation de tous les divers aspects des mystères du Christ». Lorsqu'on entre dans une relation d'intimité avec Dieu et Jésus et qu'on tente d'en vivre pleinement l'expérience dans toutes les facettes de son expérience humaine, un voile tombe: La vie (Dieu) se révèle pleinement à l'humain et son Souffle (l'Esprit Saint) lui insuffle un vent de liberté. Ainsi s'actualise ce que saint Paul écrivait dans sa lettre aux Colossiens: «C'est quand on se convertit au Seigneur que le voile tombe, car le Seigneur, c'est l'Esprit, et ou est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté» (2 Co 3, 14-17). Le Trinitaire disait aux congressistes: «La ligne de la croissance se dessine progressivement lorsque le sujet passe de croyant à fidèle, de fidèle à disciple, de disciple à témoin, de témoin à intercesseur et d'intercesseur à contemplatif».

 

                                                                 

                                                                     

                                                                  


 

d) La rencontre du Souffle vivant

La prochaine étape, la quatrième, est celle de la «rencontre du Souffle vivant», c'est-à-dire de l'Esprit Saint. Jean-Paul Regimbal en profite pour s'expliquer aux opposants du renouveau charismatique: «Quoiqu'en pense un grand nombre de critiques du renouveau charismatique, celui qui fait l'expérience du baptême dans l'Esprit Saint découvre Jésus-Christ bien avant le Saint-Esprit, car le renouveau charismatique n'a pas pour but de répandre la dévotion au Saint-Esprit, mais de centrer l'expérience de la foi sur la personne de Jésus-Christ. Cela ne vient que plus tard dans le cheminement spirituel par voie de retour et d'analyse sur l'intensité de l'expérience spirituelle qu'on a faite. Ce n'est que progressivement que l'on touche du doigt toute la dimension du mystère du Paraclet». Et il poursuit le développement du thème de cette causerie: «Ce terme, à première vue étrange, "paraclet", se charge d'un sens toujours plus approfondi au fur et à mesure que l'on expérimente les divers rôles que joue l'Esprit Saint dans l'ordre de notre croissance spirituelle: conseiller averti, pédagogue raffiné, avocat judicieux, guide fort et suave, consolateur incomparable, souffle vivant, doux hôte de nos âmes et sanctificateur de tout l'être de l'homme plongé dans tout l'être de Dieu. Enfin libéré, le Saint-Esprit est maintenant libre de faire surabonder non seulement les fruits spirituels dans le cœur chrétien mais même tous les charismes ainsi que les ministères charismatiques chez celui qui s'ouvre inconditionnellement à toute la richesse multiforme de sa grâce et selon toutes les ressources de l'héritage des saints dont l'Esprit Saint lui-même est à la fois le sceau, le gage et le don incréé de l'amour trinitaire»

Enfin, arrive la cinquième étape: la «Rencontre avec Marie».


e) Comme un enfant qui apprend et s'émerveille

Jean-Paul Regimbal résume ces cinq étapes de cette manière: «cette nouvelle prise de conscience est toute empreinte d'émerveillement. Les anciennes connaissances de la foi deviennent palpitantes de réalisme expérientiel et toutes ces redécouvertes sont vécues dans un climat de fête, de gratuité, de gratitude et de joies spirituelles. L'enfant est bien situé dans ses relations parentales et commence à respirer l'amour de la famille trinitaire (...) Le processus de croissance spirituelle exige donc une initiation progressive au savoir de la foi et au savoir-faire de la vie chrétienne». Dans le processus d'enfance spirituelle, on se croirait devant l'enfance humaine. «L'observation nous permet de caractériser le comportement infantile des néophytes: par exemple, une faim insatiable de vouloir suivre tous les cours, toutes les sessions, toutes les retraites dont ils entendent parler. Ils veulent aussi dévorer tous les livres», illustre le religieux.


f) De la joie à la croix

Durant la lune de miel, une tristesse s'installe parce qu'on finit par s'apercevoir que l'humain en soi reste le même, malgré la nouvelle vie dans le Christ. Jean-Paul Regimbal poursuit: «On avait cru durant la période de lune de miel qu'on était confirmé en grâce et qu'à toute fin pratique le péché était désormais chose du passé et tous les liens avec le péché définitivement rompus. Hélas! Quelle cruelle désillusion lorsqu'on fait de nouveau l'expérience de sa faiblesse, de sa misère et de son impuissance spirituelle en bien des domaines. On s'aperçoit tout à coup, qu'on fait encore partie de la race humaine, de la masse des pécheurs qui ont toujours besoin d'être pardonnés et réconciliés avec Dieu. On fait aussi partie de ceux qui ont encore besoin de conseils, de purifications, de nouvelles conversions dans le vécu humble du quotidien. En d'autres termes, on se rend à l'évidence que le Seigneur n'a rien changé de notre pâte humaine; il n'a ajouté qu'un levain nouveau pour le transformer progressivement». Et puis vient l'apprentissage de la croix: «Impossible d'arriver à la plénitude de la joie pascale sans passer par le chemin royal de la croix. C'est donc dire que la croissance spirituelle implique nécessairement un apprentissage à la croix du Christ, à l'ascèse, au sacrifice, au renoncement à soi-même et à l'oubli de soi pour en arriver au don réel et authentique de soi-même aux autres. Le cœur de l'enfant souffre parfois du désarroi intérieur au dur contact de la réalité chrétienne concrètement vécue. Ces souffrances sont inhérentes au processus de la croissance puisqu'il n'y a pas d'engagement sans désengagement et qu'il n'y a pas dépassement possible dans une mort constante à soi-même», explique encore Jean-Paul Regimbal.

 

g) Apprendre l'humilité

Jean-Paul Regimbal lance: «Par instinct, l'enfant est porté à tout centrer sur sa personne et cherche par mille et un moyens à devenir le centre d'intérêt de tous les membres de la famille. Ce n'est que graduellement qu'il prend conscience qu'il doit avoir un rôle actif au sein de la famille et y exercer dans la mesure de ses capacités une certaine responsabilité; entre autres choses, il doit assimiler l'esprit de famille, se conformer aux coutumes familiales et être fidèle à un certain régime de vie partagée par tous ceux qui habitent la même maison». «Ainsi en est-il du chrétien (...). Il devra donc, lui aussi, s'efforcer d'acquérir la mentalité des enfants de Dieu et chercher beaucoup moins à devenir un centre d'attraction qu'un participant engagé au bon fonctionnement de la vie de famille en Église. Notamment, doit-il chercher à développer les quatre fidélités propres à la communauté chrétienne: à savoir, fidélité à l'enseignement des apôtres, fidélité à la communion fraternelle, fidélité à la fraction du pain, et fidélité aux prières». Et il explique son propos de cette manière: «Aussi, devient-il de plus en plus motivé à connaître non seulement la Parole de Dieu, mais la tradition vivante de l'Église et les enseignements du magistère. De plus, il saisit l'importance d'une fréquentation plus assidue des sacrements, notamment ceux de la Réconciliation et de l'Eucharistie, afin d'apaiser sa faim et sa soif de Dieu, d'alimenter ses énergies spirituelles et d'équilibrer plus harmonieusement les exigences de sa vie physique, intellectuelle, sociale, morale et spirituelle. C'est alors particulièrement qu'il apprécie à sa juste valeur le soutien d'une communauté aimante ou il peut évoluer en comptant sur la compréhension, la compassion, l'exhortation et l'encouragement des personnes plus expérimentées».

h) L'audace: Le Souffle en soi

Enfin, durant la période d'enfance spirituelle, une audace s'installe à l'intérieur de la personne. C'est normal! Elle ne peut pas s'empêcher de témoigner de son expérience spirituelle et n'hésite pas à s'impliquer concrètement dans la vie de l'Église. Durant l'enfance spirituelle, «le sujet brûle d'un zèle apostolique qui voudrait porter le message de l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre, voire même de convertir l'humanité entière», explique le père Regimbal. Et il conclut: « Il faut que jeunesse se passe! C'est vrai dans l'ordre de la nature, c'est vrai dans l'ordre de la grâce. Il viendra bien assez vite le temps des longues attentes, des analyses pointillées et des planifications surnuméraires après des sessions interminables des comités innombrables».

 

                      

 
 

LA RÉVOLUTION DE L'AMOUR (1981)

Du côté littéraire, il écrit, en 1981, «La révolution de l’amour» (éd. Stanké). Le livre accompagne un grand rassemblement jeunesse qui a lieu le 31 juillet. A cause de problèmes de logistique, causés par de nombreuses grèves dans les services publics, à peine quelques centaines de jeunes se rendent au rendez-vous à la Chapelle de la Réparation, à Montréal. C’est loin des 50 000 jeunes qu’espérait Jean-Paul Regimbal.

UNE AFFAIRE ROCK'N'ROLL (1983)

En 1983, il publie le livre «Le rock’n’roll – viol de la conscience par les messages subliminaux» (éd. Saint-Raphaël). Il fait une grande croisade pour dénoncer ce phénomène grandissant dans l’industrie du disque. Dans certains milieux, son message ne passe pas. Il est ridiculisé. On dit qu’il fait une chasse à la sorcière. A l’été 2007, en faisant une recherche sur Jean-Paul Regimbal sur Google, il est remarqué que presque tout ce qui circule sur Internet au sujet du religieux concerne cette croisade et ce livre. Les jeunes commentent encore les propos du père Regimbal.


PROBLÈMES DE SANTÉ (1983-1984)
Peu après, débute sa descente aux enfers. Un vrai purgatoire! Son asthme et le surmenage lui causent de sérieux ennuis. De plus, la flamme des débuts du renouveau charismatique est moins vive chez les adeptes. En 1984, il est opéré à «cœur ouvert» de toute urgence. Il ne peut donc pas se présenter au congrès charismatique du diocèse de Saint-Hyacinthe ou il est attendu. La foule est attristée.


DÉPART DU RENOUVEAU CHARISMATIQUE (1985)

Mais dès l’automne 1985, le père Jean-Paul Regimbal abandonne son travail de prédicateur de retraites spirituelle et de leadership du renouveau charismatique pour se consacrer à faire connaître le phénomène des persécutions religieuses autour du globe. L’équipe du Carrefour de la prière de Granby réoriente son action dans le même sens que son fondateur et se joint aux Trinitaires et à la Fondation les Amis du père Armand Gagné pour fonder le bulletin «La Voix de Jésus nazaréen». La première édition paraît à l’automne 1985. Pour l’équipe du carrefour de la prière, cette réorientation est une manière de soutenir l’œuvre du religieux.


FETE D'ADIEUX (1985)

Usé, fatigué, épuisé… Le 8 décembre 1985, Jean-Paul Regimbal fait ses adieux à ses amis à l’occasion d’un souper de l’amitié à l’Hôtel le Castel de l’Estrie, à Granby. Près de 1000 personnes sont au rendez-vous. La voix pleine d’émotions et les yeux souvent remplis de larmes, le religieux s’entretient quelques minutes avec la foule et repart presque aussi – le visage endolori – se reposer à la maison des Trinitaires.



EN EUROPE (1986-1987)

Du début de l’année 1986 jusqu’à septembre 1987, moment où il vient se reposer à Granby, au Canada, il travaille en sol romain (Italie) à faire connaître les chrétiens persécutés à cause de leur foi. C’est le rêve de sa vie qui se réalise. Son complice est le père Armand Gagné. Près du Vatican, il fait ce qu’il peut entre ses nombreux séjours dans les hôpitaux européens : Nice, Rome, Paris… Il a souvent besoin de repos. Sa lettre du 14 mai 1986 envoyée à Thérèse Corriveau et à ses associés est révélatrice de la souffrance qu’il porte et de ses préoccupations : «A l’approche de la fête de la Très sainte trinité, je voudrais venir vous transmettre en même temps que mes vœux, l’expression la plus sincère de ma gratitude et de ma joie pour tout ce que vous avez entrepris afin de soutenir mon ministère. Je suis bien conscient de tout ce que représente d’efforts et de sacrifice le lancement de la revue, la mise à jour des listes, le tirage du mois d’avril et le souci constant de répondre à la porte et au téléphone qui ne cessent de sonner. Je voudrais être parmi vous, comme autrefois, pour partager cette vie trépidante, pour célébrer la messe quotidienne et vous soutenir dans vos heures difficiles et aussi pour recevoir votre soutien aux moments les plus sombres. Mais telle n’est pas la voie du Seigneur. Le ministère d’hier fut précieux, fécond et béni et vous en avez goûté les nombreuses joies. Aujourd’hui, le ministère est différent, les exigences sont autres et même si les consolations tardent à venir, elles ne seront pas moins grandes que les précédentes; au contraire, elles seront d’autant plus grandes qu’elles auront été vécues dans une fois plus pure! Je vous apporte justement l’une de ces joies. Le Père général, bien conscient de ce que vous vivez et toujours désireux que nous demeuriez associés à l’Ordre vous fait parvenir ses vœux en tant que membres de la famille trinitaire, car vous l’êtes. Il vous sait dévoués à l’ordre et engagés au service de la trinité. J’ai pensé que cette reconnaissance vous ferait bien plaisir. A tous les membres du conseil et aux précieux auxiliaires qui travaillent au carrefour de la prière, ce petit geste vient d’un très grand cœur. Pour ma part, je viens faire ce brin de causette en vous disant que je pense beaucoup à vous et que je pourrais faire bien peu de choses si vous n’étiez pas tous fidèles à votre secteur d’engagement. A travers l’épreuve de la santé, si je touche du doigt ma vulnérabilité et mes limites, j’apprécie davantage nos solidarités. C’est dans ma faiblesse et mon impuissance que je constate la force de l’amitié, la force de votre fidélité et la force de votre foi. Pour tout cela, je rends donc grâce à la Très sainte Trinité

 

                                                                                                         
DERNIÈRE ANNÉE (1988)

A l’été 1988, Jean-Paul Regimbal est hospitalisé à Sherbrooke. Peu après, Jean-Paul Regimbal se sent revenir à la santé et reprend quelques activités. Les mardis 30 août et 6 septembre 1988, en soirée, il anime une heure de prière devant le Saint-Sacrement dans la chapelle des Trinitaires de Granby. Entre temps, le lundi 5 septembre 1988, à la grande surprise de tous, il se joint au groupe de prière charismatique de la maison des Trinitaires afin de prier avec les gens. «Il souhaitait reprendre sa prédication. Il s’est épuisé et est allé au bout de sa corde. Quand je l’invitais à ralentir ses activités, il me répondait par une boutade : Quand je serai mort, je ne travaillerai plus. C’est ainsi qu’il était fait», confiait le père Claude Choquet, son supérieur, au journaliste du quotidien La Voix de l’Est, quelques heures après le décès du religieux. Le 7 septembre 1988, il se rend au Centre hospitalier de Granby à cause d’un léger malaise physique. Les médecins le gardent sous observation, mais pensent que le religieux pourra rentrer chez lui, le lendemain.


DÉCÈS

En cette matinée du 8 septembre 1988, Jean-Paul Regimbal se sent bien et croit qu’il pourra sortir de l’hôpital en après-midi ou le lendemain afin de poursuivre son ministère sacerdotal. «J’étais allé le matin, vers 11h. Et m’a dit : «Je vais sortir cet après-midi!»», me racontait le regretté Léon-Pierre Étier. Finalement, il passe la soirée de ce jeudi dans sa chambre d’hôpital avec quelques proches et amis. Le père Claude Choquet confiait à La Voix de l’Est, le 9 septembre 1988: «Je suis allé le voir, hier soir, et il me paraissait calme et heureux. Il se disait même assez bien pour venir dire sa messe dimanche!» Ce soir-là, son dernier visiteur sera Roméo Voyer, mon père. Jean-Paul Regimbal lui dira: «Croyez en l’Eucharistie! Aimez l’Eucharistie!» Papa nous racontera que ce sera les dernières véritables paroles du Trinitaire avant son départ. Personne ne savait ce que préparait la Vierge de la Nativité (fête liturgique fixée le 8 septembre dans le calendrier romain). «La visite partie», Jean-Paul prie comme à chaque soir, se couche pour la nuit, s’endort et son âme quitte son corps. Il passe des ténèbres à la lumière. Par la main, Marie l’a conduit à son fils. Il avait 57 ans. Ce jour-là il fêtait son 39e anniversaire d’entrée au noviciat et, aussi, le 35e anniversaire de ses vœux solennels dans la communauté des Trinitaires. Le lendemain, il aurait souligné son 19e anniversaire de rencontre avec Sandy Winter, à Phoenix. En réalité, Jean-Paul Regimbal est décédé d’une défaillance cardiaque, vers 22h45. Il souffrait d’asthme depuis ses années de jeunesse et il avait subi quelques pontages coronariens. «Il a aimé la Vierge Marie, il en a parlé beaucoup, et surtout, il l’a priée avec foi. Et coïncidence remarquable, il est parti vers le Seigneur, le jour même ou nous avons célébré la Nativité de Marie. Que Marie qui est au commencement du Salut, le conduise auprès de Jésus son divin Fils», lançait Mgr Louis Langevin, évêque de Saint-Hyacinthe, dans son homélie à l’occasion de ses funérailles, le 12 septembre 1988.  

 


ÉLOGES ET COMMENTAIRES

Père Claude Choquet, O.ss.t., supérieur des Trinitaires de Granby : « Il a soulevé les foules par son désir de donner Dieu au monde actuel. Il a été instrument pour redonner la foi aux jeunes ainsi qu’aux moins jeunes » (10 septembre 1988).

Mgr Louis Langevin, évêque de Saint-Hyacinthe : Il « fut un apôtre donné, avec ses limites bien sûr, comme tout le monde, mais ses limites ne doivent pas nous empêcher de voir le bien qu’il a fait » (12 septembre 1988).

Valère Audy, éditorialiste au quotidien La Voix de l’Est : « Il faut tout de même reconnaître que Jean-Paul Regimbal a fait beaucoup de bien, qu’il n’a jamais eu honte de sa foi, qu’il l’a ouvertement affichées partout, qu’il invitait les autres à la partager et en reconnaître publiquement. De même qu’il faut reconnaître que c’est à fond qu’il s’est donné à toutes les œuvres qu’il a embrassées» (12 septembre 1988)

Richard Plante, journaliste au quotidien La Voix de l’Est : « Si certains considèrent le père Regimbal comme un saint homme dotés de dons surnaturels, il reste que les autorités de l’Église Catholique ont toujours observé une certaine prudence à l’égard du religieux dont l’exubérance pouvait s’associer à une certaine forme de sensationnalisme » (20 juin 1995).

Jocelyne L’Étoile, présidente du Comité du renouveau charismatique du diocèse de Saint-Hyacinthe : « Il a été critiqué, c’est certain, mais nul n’est prophète en son pays. Il était un prédicateur extraordinaire animé du feu de l’Esprit Saint » (20 juin 1995).

Léon-Pierre Étier, intervenant auprès des sidéens : « On a eu beau dire n’importe quoi sur son dos… C’était un homme équilibré, très bon jugement, un prophète… Tout ce qu’il nous a dit, actuellement, on le vit ou ça s’en vient. Et c’est vrai ce qu’il disait. Il avait la tête sur les épaules. Puis c’est un saint! Je n’ai pas peur de le dire que c’est un saint! » (27 mars 1998).


UN SAINT ?

Est-ce que Jean-Paul Regimbal est un saint? Voila la grande question que bien des gens se posent. Chacun a son opinion sur le sujet. Ma première réflexion sur le sujet est que, pour comprendre le Trinitaire, il faut le faire avec une pointe d’humour. Parfois, il faut sourire devant quelques traits qui marquent sa personnalité, notamment son émerveillement facile et sa capacité de transformer un événement anodin en une histoire grandiose. Souvent, on dirait un enfant émerveillé. A d’autres moments, on dirait un enfant blessé qui a besoin de parler de sa peine. Malgré tout, sa grande foi en Dieu, son abandon à la Providence et son espérance en elle, son intense désir d’entrer en intimité avec la Trinité et de se rapprocher de ses contemporains sont des exemples à imiter. D’ailleurs, si on vient qu’à ouvrir un dossier en vue de l’élever au rang des saints, c’est sur les trois vertus théologales qu’il sera surtout évalué (foi, espérance et charité). Ce que désirait Jean-Paul Regimbal était de vivre de plus en plus intensément de l’esprit de l’Évangile, sans tiédeur. Cela est à l’image des propos qu’il transmet dans ses causeries : Jour après jour, il invite les gens à faire l’option radicale d’une vie en conformité avec la foi chrétienne et en union avec la Trinité. Il propose rien de moins une spiritualité «mystagogique», c’est-à-dire qui permet d’entrer dans le mystère de Dieu Les causeries qu’il donne sont d’une grande richesse. Jean-Paul Regimbal était un homme instruit. Il n’était pas un grand intellectuel, mais visiblement plus cultivé que l’ensemble de ses contemporains. Parfois, il lance des idées nouvelles ou qui paraissent farfelues.

Il est donc prématuré d’arriver à la conclusion que le père Jean-Paul Regimbal est un saint. Il est cependant possible, à titre personnel, de croire qu’il est un fidèle intercesseur auprès de Dieu et de l’invoquer dans ses prières intimes.